25 décembre 2010

P comme…

Bien sûr mon visage n’est pas des plus détendus, ni des plus visiblement extatiques pour accueillir la naissance de notre petit Jésus. Mais vaille que vaille. Ce soir c’est Noël, et je sais où trouver une messe, justement rue Convent non loin du BNH Hospital où je suis passé quelques jours auparavant.

5 mois que je ne me suis pas assis parmi mes frères et chanter avec eux. Chanter c’est prier deux fois. J’y vais d’un pas gai. Un changement en Sky train, et «me voici» à Christ Church, une propre église au caractère anglais dépouillé. L’équipe liturgique, composée d’Occidentaux séduits par Bangkok au point d’y résider, a bien fait les choses : une chaleureuse parole de bienvenue à chacun, un carnet de messe digne des mariages les plus priants, et une capacité d’accueil maximisée.

Bien plus qu’un carnet de messe, c’est l’ensemble des textes et paroles que tous les intervenants, y compris prêtre, laïcs et nous allons proférer. Résultat pour moi ce soir, peu de spontanéité, d’émotion, de «sensiblerie» diront certains moqueurs. Je suis on ne peu plus concentré pour prononcer dans mon meilleur anglais oxfordien, et en harmonie, les paroles, prières et autres chants, que je connais bien sûr par cœur. «Nowell, nowell…»

Concentré mais non moins conscient de vivre un moment très particulier, puis-je dire de communion. Oui, Jul t’avais raison, un noël pas comme les autres.

Autour de moi, c’est la Pangée catholique. Pas un continent n’est pas représenté. Anglais, Américains et Australiens forment le gros du bataillon priant. Mais, j’entends ici de l’espagnol, de l’allemand, intercepte une belle Indienne en saree 3 rangs devant, découvre 3 Africains (oui d’Afrique Cat) pendant la paix du Christ, et n’arrive pas à compter le nombre incroyable de Thaïes –c’est fou cette surreprésentation féminine à Bangkok- venant s’interposer presque systématiquement entre chacun de ses éléments.

Que ça doit être dur d’aller seule à la messe le soir de Noël, me répète-je en oubliant un instant mon sort (ça va mieux merci). Mais elles ne sont pas seules, espèce de ravi de la crèche ! Tu vois bien qu’elles escortent ces messieurs. Mais quel danger, c’est Noël ce soir, il n’y a pas de danger. L’espagnol à ta droite, le vieux beau couperosé en costar blanc devant, les 3 Africains, tous là pour…enfin tu comprends…

Oui je comprends, j’avais oublié que j’étais à Bangkok, la grande vérolée qui n’a rien à envié aux crasseux quartier rouges d’Amsterdam. La Pangée, elle était belle ton image.

En souhaitant un «Merry Christmas» avant de reprendre la route, je balance entre aversion et séduction. Oui peut-être ces messieurs ont-ils raison. Si être escorté n’est peut-être pas la meilleure transposition de notre «aimez-vous les uns les autres», c’est peut-être un moyen efficace de convertir les âmes, à Noël comme pendant la liturgie ordinaire.

P comme…prosélytes ?

La question clignote dans tête pendant tout le trajet retour vers mon hôtel de Sukumvit (que la rime est facile)

- Where you go ?
- To my hotel !

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